Michel
CARLIN

Michel Carlin    


Notes biographiques
Biography (english version)
   
1935
Michel CARLIN naît à Chambéry

1944
Le 26 mai 1944, bombardement de Chambéry. Les images des premiers cadavres sont restées gravées en lui et, quand elles commenceront à apparaître dans sa peinture, elles deviendront une base essentielle sur laquelle il ne cessera de s'appuyer

1952
Essais infructueux aux Beaux-Arts de Grenoble

1953
Mort accidentelle de son père. Il rejoint dans le midi une partie de sa famille et, grâce à un heureux hasard, il rencontre le peintre Fernand Léger dans les ateliers du céramiste, Roland Brice à Biot.
Fréquente l'Académie de la Grande Chaumière à Paris. F. Léger lui corrige ses dessins dans son atelier rue Notre-Dame-des-Champs

1954
Rencontre avec le photographe André Villers à Vallauris Première rencontre avec Picasso : Carlin agrandit la linogravure du Maître (affiche de la corrida) sur un panneau pour la ville de Vallauris.

1955-57
Mobilisé à Chambéry, part en Tunisie puis en Algérie. Peint avec de la peinture industrielle, sur du papier en noir et blanc, le charnier de Melouza

1958
De retour à Chambéry, le directeur de la MJC lui prête un local pour continuer à peindre les études ramenées d'Algérie dénonçant l'injustice d'une guerre qu'il désapprouve
Les ouvres une fois exposées sont en partie détruites par un commando extrémiste. Le jeune peintre prend alors conscience du pouvoir de la peinture

1959
Fonde un atelier d'arts plastiques à Chambéry

1960
Quitte la Savoie pour Vallauris où il retrouve André Villers

1961
Expose ses premières céramiques parmi les potiers de Vallauris. Picasso s'arrête à son stand en l'encourageant à continuer « une céramique de peintre »

1962
Rencontre Prévert à Antibes

1963
André Villers lui permet de rencontrer Magnelli à la Ferrage à Grasse.
Vallauris : expose au Nérolium aux côtés de Picasso parmi les potiers.
Antibes : sélectionné pour le 1er Festival d'Arts Plastiques Méditerranéens, peinture blanche entre A. Bloc et O. Debré

1964
Antibes : 2ème Festival APM, expose parmi les peintres Magnelli, Matta, Dubuffet

1965
Vallauris : exposition « Contact » avec Picasso, Braque, Léger, Giacometti. Expose une composition blanche

1968
Nice : sélectionné pour la Jeune peinture Méditerranéenne
Menton : participe à la Biennale

1969
Sablons-en-Isère : réanime les ateliers du phalanstère de Moly-Sabata, créés par Albert Gleizes en 1926.
Chambéry : 1ère expérience « De l'Atelier au Musée » : performance en assemblant des matériaux sur de grands supports devant le public et collectivités

1971
Chambéry: exposition au Musée  « Artistes régionaux d'expression contemporaine » en parallèle avec « Les Artistes de la Fondation Peter Stuyvesant »

1973
Grenoble : la Maison de la Culture acquiert deux peintures

1974
Paris : galerie Camille Renault,  exposition personnelle « Blanc de l'imaginaire »
St Sorlin en Valloire, galerie municipale : groupe « Structure 74 »
Début des peintures blanches. 

1976
Paris : exposition « L'Essentiel »

1977
Cannes : galerie Candela, exposition personnelle « Zone Calcinée ».

1978
Grasse : M.J.C, exposition personnelle « 10 ans de peinture »

1980
Menton : biennale « Artistes méditerranéens, expose parmi les peintres Miro, Tapiès, Saura, César

1982
Toulon : Salon International de peinture au musée St-Maximin : exposition personnelle « Corps et Momifications » à la Basilique

1895
Toulon : musée, « Anthologie de la Création contemporaine » « Têtes bâillonnées et corps momifiés »

1986
Paris : galerie P. Parat, exposition personnelle « Zone calcinée »

1992
Vallauris : Fondation Siccart-Iperti « Balade photographique d''André Villers dans une peinture de M. Carlin »

1993
Draguignan : met en situation aux Bains-Douches les peintures de « Suzanne et les vieillards » d'après Le Tintoret

1996
Nice : galerie des Ponchettes, participe aux 50 ans de l'UMAM
La Garde-Freinet : galerie Xavier Delannoy « Les Anonymes »

1997
Nice : galerie du MAMAC , « Artistes de la Fondation d'Entreprises PACA »
Mémoire de corps  (plus d'information en cliquant sur ce lien)

1998
Première Mémoire de corps, Draguignan, atelier du Dragon
La Garde-Freinet : galerie Xavier Delannoy « Les sujets d'argile, les Iliades »

1999
Paris : galerie Séguier, Xavier Delannoy, exposition de groupe autour du corps

2001
Nice : galerie de la Marine, exposition personnelle « Mémoire de corps »
Le MAMAC de Nice acquiert la collection de la Fondation d'Entreprises avec la peinture de M. Carlin « Les Anonymes »

2002
Clermont-Ferrand : musée du Ranquet exposition personnelle

2003
La Garde : Galerie Municipale exposition personnelle Cannes : La Malmaison, participe à l'exposition Picasso « Voyage dans l'amitié »

2006
Silkeborg (Danemark) : Kulturspinderiet , la galerie Beddington présente les peintures de Michel Carlin et les gravures de Bernard Remusat

2007
Bourges : Château d'Art-Château d'Eau, exposition personnelle « Mémoire de corps »
Cannes : galerie Champetier « Clin d'½il à Michel Carlin »
Bargemon : galerie Beddington, exposition personnelle « Mémoire de corps »

2008
Paris : galerie Médiart (présentée par la galerie Entre-Temps de Bourges), exposition personnelle « Mémoire de corps »

2009
Lyon : galerie Françoise Souchaud, exposition personnelle « Mémoire de corps »
St-Paul-de-Vence : galerie Bogéna, « Michel Carlin »

2010
Draguignan : galerie Le Hangart, exposition personnelle « De l'Atelier au Hangart »
Séjour au Danemark : achat d'état du triptyque (église d' Asferg Kirke)
Exposition galerie Dahl à Havndal : expose avec Inge Horup une série de « Torses d'homme »
Arhus : travaille dans l'atelier de Inge Horup

2011
Grimaud : galerie Paschos, exposition personnelle « Mémoire de corps »
Arles : Hôtel de l'Amphithéâtre « Mémoire de corps », ouvres sur papier.
Participe à « l'Eté Contemporain » à Draguignan

2012
Lyon : galerie Françoise Souchaud, exposition collective (Franta, Franc, Carlin, Brunet)
La Magnanerie de Seillans (Var) : galerie Beddington Fine Art, exposition personnelle « Mémoire de corps »



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Nature morte rouge - 185 x 127 cm
HSB - 1959 (coll. de l'artiste)




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Barricades – 120 x 120 cm
HSP - 1968 (coll. de l’artiste)




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Composition blanche
HST - 1975 (coll. de l’artiste)




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« Les Anonymes »
  HSB – 163 x 117 cm 1995
(Collection MAMAC Nice)




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Mémoire de corps
en situation
à la Chapelle de l’Observance de Draguignan - 1998




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Étude de torses
  HSB - 65 x 122 cm-2012




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Mémoire de corps
(détail du triptyque) 
HSB - 170 x 300 cm - 2012


Peindre au quotidien

J’affirme que l’on ne peint pas de la même manière si la veille on a lu les différents textes du Picasso érotique ou le Paul Cézanne d’Eugenio d’Ors, à moins d’avoir regardé un match de boxe à la télévision ou bien visionné une cassette vidéo sur le retable d’Issenheim de Mathias Grünewald. On ne peint pas non plus de la même façon lorsque, le matin aux informations, on apprend que la « busherie » a commencé en Irak, on ne peint plus de la même façon quelques jours après en découvrant que les cadavres sont dévorés par des chiens affamés. Alors on ne peut plus peindre comme avant.

Et pourtant, c’est ainsi que l’histoire de la peinture se fait et continue à exister, en charriant ses « morceaux de bravoure »  et ses scories.

J’ai vu de nombreuses expositions et beaucoup de toiles de peintres mais il en est une qui, plus que les autres, a réussi à m’émouvoir profondément au point d’être restée  gravée à tout jamais dans ma mémoire. Il s’agit d’une  peinture pas très grande (0,56 x 0,46 cm) juste ébauchée de Géricault (1818/1819), ayant pour titre  Dos de nègre,  une étude   préparatoire pour la célèbre peinture du Radeau de la Méduse . Il est impensable de voir comment Géricault, dans si peu de surface, a su arracher à Michel-Ange  un incroyable morceau de peinture.

Un jour, l’image du  Dos de nègre  est arrivée jusqu’à moi en apparaissant vivant sur l’écran de la télévision. Je m’en souviens, c’était le dos du boxeur Tyson face à……, j’ai oublié le nom de l’adversaire. J’avais là, en face de moi, dans l’écran de lumière bleue, le même dos qu’avait peint Géricault presque deux cents ans auparavant. J’étais fasciné  par cette musculature en mouvement,  par ces veines gonflées par l’effort. J’ai voulu savoir comment cela fonctionnait. J’ai ouvert des livres d’anatomie et je me suis mis quotidiennement à dessiner toutes les parties du corps en partant de leur squelette. Sans cesse,  je me suis répété la phrase de mon ami, le peintre Jean Villeri « Il ne faut  pas peindre les plumes du coq mais son sang »

La veille du 20 mars,  je lisais   L’éloge de l’infini  de Philippe Sollers. Dans le chapitre réservé à Cézanne, il décrivait la peinture du Jeune homme à la tête de mort  (1895/1898). L’image de cette peinture revenait subitement dans ma mémoire, nette et précise. Au matin, j’apprenais avec consternation le début de la guerre en Irak. Mon  premier réflexe dans mon atelier a été de  peindre une tête de mort signée du 20 mars 2003. J’allais,  à partir de ce jour,  peindre avec la couleur du sable de Ninive. J’ai empâté sur des supports de différentes dimensions des corps de déesses-mères sumériennes : Ningal,  Ishara, Aruru,  Ishtar, Inanna, Nintu… Je les ai couchés comme cette  déesse énigmatique du IIIème  siècle avant Jésus-Christ, de 16 cm sur 9 cm, elle repose sur son bras gauche qui est cassé, la main droite posée sur sa cuisse droite. Ses yeux étaient  originellement incrustés de pierres précieuses, et ses cheveux rapportés. Celle-ci se trouvait au musée de Bagdad… qu’est - elle devenue aujourd’hui ?

Lorsque j’avais vingt ans, je faisais des tableaux pour une peinture dont je n’avais pas réellement conscience. Toute ma vie, j’ai peint, me semble-t-il, le même tableau. Peut-être était- ce les différentes études pour le grand et ultime tableau ? A mon âge, il me faut trouver, car je n’ai plus le temps de tout recommencer. Il me faut donc chercher pour aboutir. J’ai essayé d’arracher quelques repères à la peinture en m’imprégnant des détails de ce bon dieu de plafond de la Sixtine, de tourner autour de la Suzanne (1) du Tintoret, d’interroger Ingres, Delacroix, Géricault et aussi les Bacon,  Picasso, Baselitz… Mais à chaque fois, je me suis retrouvé dans mon atelier, solitaire, tentant d’approfondir ma propre peinture. Celle où l’on oublie les références de l’histoire de l’art pour se plonger à fond dans notre « espèce de réalité ». Peindre les images  aperçues ou entr’aperçues, des images volées, des corps aimés, des corps désirés mais aussi des corps des ténèbres et tous ceux inscrits dans la mémoire.

Tant qu’une peinture portera les traces d’une cicatrice laissée par notre civilisation, celle-ci restera éternellement dans l’histoire de la peinture.

Si peindre aujourd’hui est un acte conservateur et réactionnaire, comme certains le prétendent, je prétends bien au contraire : peindre aujourd’hui est un acte où l’on prend des risques extrêmes, plastiquement, intellectuellement, économiquement et politiquement dans une société où nous vivons au quotidien.

 Michel Carlin – 2003 (2)

(1) « Suzanne et les vieillards » 1556/1558 – Musée de Vienne
(2) Texte publié dans Créations – mars avril 2004, n° 111
 
 
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